in

”Ces patients ne vont plus chercher l’opioïde pour la douleur mais pour l’effet que cela produit. Ils planent mais deviennent dépendants”



Le docteur Pierre Doumont est, depuis 17 ans, médecin coordinateur de l’asbl Phénix, service d’aide et soins spécialisés en assuétudes à Namur. Le public qui fréquente le centre présente de la dépendance à l’alcool, la cocaïne,… “ Mais depuis quatre ans, explique-t-il, les nouveaux patients que je vois arriver sont dépendants aux médicaments opioïdes. Auparavant, ce n’était pas vu comme un problème. ”

“Par an, nous suivons en moyenne deux à trois personnes uniquement pour leur consommation d’opioïdes. Mais ce n’est que la partie visible de l’iceberg. Parce que dans les opioïdes, une personne sur dix est dépendante. Ici, nous ne voyons que les gens qui prennent conscience et qui veulent s’en sortir. Mais il y en a plein d’autres qui continuent leur programme d’antidouleurs opioïdes, non plus pour gérer leur douleur mais pour gérer leur manque. ”

Et le médecin généraliste de rappeler les quatre paliers qui existent en matière d’antidouleurs. “Le premier, c’est l’anti-inflammatoire. Le deuxième, le paracétamol. Le troisième palier, ce sont les opioïdes non-morphine, c’est-à-dire les dérivés pharmaceutiques. Non pas des morphines pures, mais une partie de la morphine qui a pu être synthétisée. Et le quatrième, qu’on utilise souvent en soins palliatifs pour les personnes en fin de vie, c’est la morphine en tant que telle. Chaque palier a ses indications (pathologies, ressenti de la douleur,…). ”

Tramadol, fentanyl, piritramide…: ces médicaments opioïdes qui créent de la dépendance et inquiètent les autorités

”Pour une rage de dents, ils vont mettre du tramadol”

Problème, selon le Dr Doumont : “Les firmes pharmaceutiques mentent par omission. Pour une rage de dents ou de l’arthrose, ils vous mettent du tramadol alors que ce ne fonctionne pas du tout, il n’y a aucune preuve scientifique. Les seules indications qui ont été prouvées, c’est en post-opératoire orthopédique (prothèses, par exemple). Là, ça fonctionne bien pendant une semaine. Après, il faut arrêter. Pour les autres indications, il n’y a pas de preuves scientifiques. Mais les firmes pharmaceutiques disent que ça va quand même. ”

À l’asbl Phénix, arrivent des personnes qui sont dans l’escalade d’antidouleurs, poursuit Pierre Doumont. “Elles ne vont plus chercher l’opioïde pour la douleur mais pour l’effet que cela produit. Et c’est vrai qu’une personne sur dix en moyenne ressent un effet bénéfique en prenant un antidouleur de type tramadol. Elles planent, sont moins stressées, ont moins de pensées négatives parce qu’elles sont shootées. Mais elles deviennent dépendantes. Elles ne savent plus s’en sortir parce que, quand elles arrêtent le traitement, elles sont en manque. Elles deviennent irritables, ne savent plus dormir, ont des problèmes d’appétit ou d’agressivité, comme quelqu’un qui est en manque d’alcool. ”

”180 comprimés par jour”

Le médecin namurois a été particulièrement interpellé par un cas récent. Il s’agit d’“un jeune de 27 ans qui prenait trois boîtes de tramadol par jour, soit 180 comprimés. On se dit : c’est bizarre, c’est peut-être quelqu’un qui revend. Mais en même temps, je me demande comment le médecin peut lui prescrire trois boîtes par jour. Et comment le pharmacien lui délivre ça ? ! Il y a une espèce de laisser-aller, de non-remise en question. Pourquoi des professionnels de la santé renouvellent-ils automatiquement les antidouleurs opioïdes, sans remettre en question le pourquoi on l’a prescrit au départ ? Cela me dépasse. ” Le Dr Doumont souligne cependant que “la nouvelle génération de médecins a un regard beaucoup plus critique sur les opioïdes. Ils appliquent davantage l’evidence based medecine. ”

Dans ce contexte, l’interdiction de l’utilisation de la péthidine et du piritramide hors hôpital ne constitue qu’une mesure limitée. “Mais ce n’est qu’un début, d’autres directives suivront”, assure le Dr Doumont, qui ne veut cependant pas être naïf. “Il y a une forme d’accointance entre les politiques et les firmes pharmaceutiques. Le gouvernement ne peut pas dire à une firme d’arrêter la production parce que c’est mauvais, sinon la firme s’en va et supprime 5 000 emplois. Cependant, il y a une volonté, à l’Inami et chez le ministre de la Santé Vandenbroucke, de mener des actions. ”

Un travail psychologique

De son côté, le centre Phénix continue à accueillir ces patients bourrés d’opioïdes. “On leur explique le phénomène qui se passe en eux. Ils prennent conscience que le médicament les maintient dans un système de souffrance autre que la douleur physique.” Commence alors un long parcours pour s’en sortir. “Heureusement, il existe des traitements de substitution (méthadone et Subutex) qui vont permettre de saturer la personne en envie d’aller chercher l’opioïde. S’ils sont d’accord, on met le traitement de substitution en place et puis, quand ils sont prêts, un traitement d’arrêt de ce traitement de substitution. Mais les souffrances cachées, plus profondes que le simple fait d’avoir mal au genou, ils doivent les traiter avec un psychologue, un psychiatre ou en communauté, comme chez Phénix. ”



Source link

What do you think?

Written by elitebrussels

🥇 Société d’autocars Bruxelles | Minibus et autocar Meilleur Prix

Ces moutons se retrouvent sans herbe à brouter et finissent par dévorer 100kg de cannabis : “Je ne sais pas s’il faut rire ou pleurer…”